À travers l’exemple de Paris, ce livre propose une lecture renouvelée de l’histoire de la richesse. Grâce à une documentation exceptionnelle, l’analyse de l’évolution de la richesse parisienne au cours des deux derniers siècles permet en effet d’éclairer des processus rarement identifiables ailleurs.
Dans la capitale, autant l’importance et la composition de la richesse varient, autant sa distribution reste stable. Les données individuelles portant sur l’ensemble de la population montrent que la richesse et ceux qui la détiennent connaissent un renouvellement continu, y compris au sein des plus riches, alors même qu’une part toujours considérable de la richesse est héritée. Si les Parisiens sont nombreux à épargner, leurs efforts sont épuisés par les incertitudes de la vie de sorte que, jusque dans les années 1920, deux tiers d’entre eux n’ont aucune richesse au décès. Il faut attendre la diffusion des systèmes de retraite pour que cette proportion diminue.
Seule l’intervention publique permet alors de réduire la part très élevée des personnes qui meurent sans richesse ainsi que les écarts d’espérance de vie, de santé et d’éducation.
Ces dimensions essentielles, longtemps presque figées en dépit de la longue croissance de la richesse jusqu’à la Première Guerre mondiale, n’ont sensiblement progressé qu’ensuite, notamment lorsque l’État social a transformé les conditions d’accumulation et de transmission du capital.
L’histoire de la richesse ouvre ainsi sur une histoire des choix politiques, des aspirations sociales et des inégalités que les sociétés acceptent – ou refusent – de tolérer.
Gilles Postel-Vinay est directeur d’études à l’EHESS et professeur émérite à l’École d’économie de Paris.
Jean-Laurent Rosenthal est Rea A. et Lela G. Axline professeur d’économie de l’entreprise California Institute of Technology.