Gabriel Noël vient d’avoir 21 ans lorsqu’il s’engage dans les bataillons des volontaires de l’armée révolutionnaire en août 1791. C’est là que l’historien Thomas Dodman le rencontre, grâce à sa correspondance avec sa mère et sa soeur adoptives, Élisabeth Dufresne et Charlotte de Visme, sa « bonne famille » à Sommerviller en Lorraine. Élisabeth est philosophe : elle fréquente les salons de
Lunéville et a élevé ses enfants avec Rousseau. Charlotte se veut « sans-culotte » et s’implique avec sa mère dans l’école du village. Gabriel, c’est un peu Émile à la guerre, soldat-citoyen pris entre ses idéaux et ses désillusions. Il restera cinq ans à l’armée avant de rentrer épouser sa soeur à Sommerviller, dont il sera le maire jusqu’à sa mort en 1850.
Fruit d’une aventure de dix ans dans les archives et les greniers, ce livre raconte trois vies à la fois singulières et normales dans une France rurale traversée par les bouleversements de la Révolution, le retour à l’ordre de l’Empire, la modernité du premier XIXe siècle. L’écriture de l’historien se coule dans les pleins et les creux des sources pour dessiner trois silhouettes dans leur époque. La citoyenneté, l’école, le patriotisme, le droit des femmes : l’avènement tortueux d’une société d’égaux se glisse dans les plis de l’intime. S’élabore ainsi, sur le temps long, une histoire sensible de la Révolution française.
Thomas Dodman est historien de la France moderne. Membre du comité de rédaction de la revue Sensibilités (Éditions Anamosa), il enseigne à l’université de Columbia (New York). Il a coordonné Une
histoire de la guerre, dirigée par Bruno Cabanes (Seuil, 2018) et publié Nostalgie, histoire d’une émotion mortelle (Seuil, 2022).