Pendant environ quatre années, la pandémie due au Covid-19 m’ayant contraint de vivre dans l’intemporel, j’en ai profité pour regarder de plus près le temps passer. Dans la situation de l’homme dont les jours sont comptés au-delà du raisonnable, j’ai noté sur des papiers ce qui faisait que tous ces jours comptaient malgré tout pour moi. Comme je n’avais pas assez de bouteilles pour disperser tout ça dans la mer la plus proche, j’ai eu l’idée d’en faire des newsletters, envoyées en principe chaque mois à la liste de mes amis et connaissances, augmentée des personnes qui s’étaient inscrites.
« Écrire une lettre, c’est écrire », rappelait Marguerite Duras, selon qui « il n’y a pas de lettres privées ».
Je crois bien qu’on ne peut écrire une lettre, comme n’importe quel texte qu’on écrit, si vraiment on l’écrit, qu’en étant sur le qui-vive. Là, ce n’était pas difficile, on était entré dans une époque où tout un chacun existait sous la menace d’un événement qui pouvait troubler du jour au lendemain le cours habituel de sa vie.
Le narrateur est peintre. Il a repris la peinture depuis peu.
Que peut la peinture dans un tel cas ? Permet-elle d’échapper au noir envahissant ?
A.V.